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Passion selon Menahem - 6

Pascal Gautrin - Mangeur d'Ombres

 

Passion selon Menahem

6

 

J’ai été assez vite familier avec à peu près tout le monde, du moins les figures qui revenaient le plus fréquemment. J’ai discerné les anciens, bien sûr, ceux qui l’avaient rejoint en Judée… certains parmi eux tentaient d’instaurer une sorte de hiérarchie en raison de leur ancienneté, revendiquant un droit de préséance sans oser l’avouer tout à fait... Tous m’ont adopté avec bienveillance, à part quatre ou cinq… lesquels estimaient que je cherchais tout le temps à me tenir trop près de Yeshu ; ils disaient que je lui collais aux talons. Les moins bien disposés étaient les deux frères ben Zebadiah, Yaakov et Yokhanan, garçons bourrus qui ne savaient s’exprimer autrement qu’en beuglant ; ils appartenaient au cercle des Douze, ce dont ils tiraient une fierté de patriciens. Ils m’ont bientôt pris en grippe, surtout Yokhanan, le plus irritable, qui râlait de me voir toujours fourré dans la robe du maître... Moi non plus, je ne l’aimais pas beaucoup.

La famille de Yeshu se joignait à nous aussi souvent que possible. Ils avaient eux-mêmes reçu le baptême de ses mains, en Judée… Mariam, sa mère, âgée d’une cinquantaine d’années, en paraissait plus, usée par la vie dure de la campagne ; sous les cheveux gris, le visage émacié semblait entraîné dans l’avalement de la bouche que la denture ruinée ne retenait plus ; son ventre était ballonné à cause des grossesses successives. De ses enfants qui avaient survécu, il y avait Yaakov qui devait avoir six ou sept années de moins que Yeshu ; après venait Mariam-la-jeune ; ensuite et je ne sais plus dans quel ordre, Yossef et Salomé ; puis Shimon et le plus jeune, Yehoudah, âgé de douze ans à peu près… Shimon et moi avions le même âge et nous sommes devenus tout de suite de vrais amis. Dans l’euphorie de ce lien fraternel, il m’arrivait de rêver que je faisais aussi partie de la famille. Jeune frère de Yeshu, quelle idée splendide !... Parfois même, je me berçais avec une fable, dans laquelle je recevais la révélation que Yeshu était mon vrai père ; moi, enfant trouvé adopté par l’autre… je me réveillais, tristement dégrisé, puisque la vérité de nos âges effaçait d’un coup ma fiction puérile. Il n’était pas assez vieux pour que la chose fût plausible.

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