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Passion selon Menahem - 9

Pascal Gautrin - Mangeur d'Ombres

 

Passion selon Menahem

 

9

Nos aventures s’enchaînaient et, vue à travers le prisme des confrontations et des incidents de parcours, l’image que je formais de Yeshu continuait à me paraître vertigineusement mouvante, mais en se révélant à la fois de plus en plus précise et colorée. Le triste épisode de Nazareth me l’a fait aimer et admirer encore davantage s’il était possible… après qu’il m’avait montré à nu son visage de mamzer. (Par ailleurs la révélation de sa condition de réprouvé m’apportait l’explication de son célibat, lequel m’intriguait jusque-là parce que tellement contraire à la coutume hébraïque ; son frère puîné Yaakov, pour sa part, avait été marié quelques années plus tôt avec une fille de Cana. – Soit dit en passant, c’est en fêtant la noce de Yaakov, que la famille avait connu le bonheur de sa recomposition puisque Yeshu y était venu, honorant même le repas par le cadeau d’amphores pleines d’un vin mûr et fruité dont s’étaient régalés les convives, lesquels, sans l’apparition de cette manne inespérée, étaient condamnés à s’enivrer avec le mauvais ginglard que la bourse étriquée des mariés leur avait seulement permis de servir. – Mariam-la-jeune était mariée depuis deux ans ; on parlait des fiançailles imminentes de Yossef, puis de Salomé…)

À force d’écouter les uns et les autres, en m’incrustant au milieu des groupes qui palabraient à tour de bras, je suis devenu assez savant au fil des jours ; notamment, j’ai appris bien des choses au sujet de Nazareth et des autres cités bâties autour de la citadelle de Hérode Antipas… La tradition révélait que les lignées issues de la foisonnante descendance de David avaient élu cette région pour se perpétuer secrètement après la fin du règne de la dynastie. Dans ces modestes villages, des générations s’étaient succédé à Nazareth et dans les alentours, vivant dans l’obscurité et la simplicité. Mes compagnons disaient que Mariam appartenait à une de ces lignées et que dans les veines de Yeshu coulait le sang du patriarche David. Et Yokhanan le Baptiseur était lui-même originaire d’un village, situé sur un autre versant des collines, où s’était établie autrefois la lignée des Lévi, la branche davidique des prêtres. Tout s’éclairait. Tout prenait son sens… Yeshu et Yokhanan, l’attelage bicéphale du prince et du prêtre reconstitué en vue de la refondation d’Israël, de l’instauration du royaume des Justes… Le roi et le prêtre : David et Abiathar… Moshé et Aharon… accouplés à nouveau afin de conduire la grande marche des serviteurs du Dieu vivant jusqu’au havre de justice… jusqu’à la terre promise, l’œuvre ultime projetée par Elohim, où fleurira la joie éternelle… Mon émotion était indescriptible. J’avais conscience d’être embarqué dans une aventure inouïe. Avec des pleurs de gratitude, je bénissais Elohim à toute heure du jour parce qu’il m’avait fait la grâce de naître en ces temps définitifs… Le Ciel était sur le point de s’ouvrir en grand ; un torrent de lumière et de sagesse allait déferler par cette vaste trouée… Une cascade d’amour sublime submergera le monde… Et j’allais vivre ça !...

(à suivre)

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