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UNE HISTOIRE FABULEUSE – Conte – 7

Mangeur d'Ombres et autres contes – Pascal Gautrin

 

Une Histoire fabuleuse (suite)

 

Trois jours et trois nuits, l’incendie ronfla sur l’île, avec une violence telle qu’on ne savait le comparer à aucun autre dans aucune mémoire. Les Parisiens, impuissants, médusés, consternés, ne pouvaient que contempler le spectacle de loin, massés par grappes sur les quais de la rive gauche. Le fléau ne se trouva circonscrit que grâce à des barrières solides qu’il rencontra : des pavillons en pierre de taille au nord et du côté du Marché-Neuf ; à l’est, il respecta la cathédrale dont il n’osa franchir le parvis et s’arrêta aux murs de l’Hôtel-Dieu…  À l’intérieur de ce périmètre, il ne laissa rien que cendres et débris calcinés. Il y eut plusieurs centaines de victimes, près de cinq cents peut-être.

Les églises se remplissaient de suppliants agenouillés pour implorer la clémence de Dieu. Les curés de Saint-Eustache, des Innocents, Saint-Jacques et Saint Séverin se mirent d’accord pour faire résonner des homélies apocalyptiques du haut de leurs chaires sonores d’où leurs saintes imprécations dévalaient et roulaient comme torrents furieux sur les nuques humiliées des paroissiens. Le courroux du Ciel s’abattait sur Paris et ses habitants à fin de fustiger la corruption régnant en cette cité fangeuse, Sodome exécrable où les pécheurs les plus infâmes s’adonnaient impunément, sans frein ni vergogne, aux vices et à la luxure...

Ce fut le curé des Innocents qui, le premier, eut l’idée de lier le cataclysme à certain scandale survenu quelques jours plus tôt au sein même de sa paroisse… Un soir, deux jeunes gars, pris de boisson, avaient été surpris par un passant ; à peine dissimulés dans l’encoignure d’un porche, hauts-de-chausse rabattus, ils s’adonnaient à la sodomie. Le flâneur offusqué, croisant le guet deux rues plus loin, avait donné l’alerte ; les délinquants pris sur le fait avaient été appréhendés et menés en prison. L’un et l’autre étaient de simples ouvriers, laquais dans une grande maison et commis chez un marchand des halles ; ils ne jouissaient d’aucune protection, aucun grand personnage ne s’intéressait à eux… leur procès fut instruit sans délai… C’était là le crime odieux qui avait soulevé l’indignation divine – tonnait de sa belle voix de baryton le prédicateur des Innocents… Ceux-là étaient les dégénérés, les monstres contre-nature d’où venait tout le mal !... Les accents exaspérés de ses anathèmes se répercutèrent en écho sous les voûtes de toutes les églises de Paris. Ils filaient et couraient comme feu follet par les rues et les places ; ils se faufilèrent sans peine entre les murs du palais de justice…

(à suivre)

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